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 Guerre Napoléonienne

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Korre

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MessageSujet: Guerre Napoléonienne   Mar 12 Fév à 15:32

Je cherchais la largeur réglementaire d'un fantassin et je suis tombé sur ce lien :
http://www.institut-strategie.fr/Petain.pdf

Page 13

Citation :
Armement
L'infanterie se sert du fusil Modèle 1802 (1777 corrigé) surmonté d'une baïonnette à
douille.
Cette arme est du calibre de 17,5 mm, elle n'a pas de hausse mais un simple guidon
en cuivre sur l'embouchoir. Sa portée du but en blanc est de 60 toises (le but en
blanc est le point où la trajectoire coupe la ligne de mire unique du fusil. La toise
vaut 1,94 m (60 toises = 117 mètres).
Comme la charge de poudre était très forte (12,24 gr), la trajectoire était d'abord très
tendue. La flèche, à la portée du but en blanc, était de 0,14 m à 0,30 m. Il suffisait
donc pour toutes les distances en deçà du but en blanc, de viser directement l'homme
à la ceinture pour avoir des chances de l'atteindre. Après le but en blanc la trajectoire
s'infléchissait rapidement et rencontrait le sol entre 200 et 250 mètres. Avec l'angle
de tir maximum de 43° 30', la balle pouvait encore à la vérité blesser un homme à la
distance de 500 toises (974 m) mais le tir n'était plus susceptible d'ancienne justesse.
En effet, l'emploi de la balle sphérique donnait lieu à des écarts considérables.
L'écart vertical moyen, à 200 mètres était déjà de 1,70 soit la hauteur d'un homme.
Les écarts à 400 mètres variaient de 5 à 25 mètres, de sorte qu'un tireur visant
correctement n'était pas certain d'atteindre à cette distance une maison à quatre
étages.
On pourrait donc poser en principe qu'au delà de 200 mètres l'efficacité du tir n'était
due qu'au hasard.

Page 16

Citation :
L'unité de combat est le bataillon6. C'est la plus forte unité susceptible d'être dirigée
à la voix de son chef. L'effectif de la compagnie-peloton ne dépasse pas en général
une centaine d'hommes ; son front sur trois rangs, les files serrées coude à coude,
c'est à dire à 0,60 m d'axe en axe, est d'environ 25 pas. La compagnie-peloton d'alors
a donc le même front que notre section actuelle de 50 hommes sur 2 rangs.
Le peloton se divise en deux sections. Deux pelotons forment une division. Il y a
quatre divisions dans la bataille. La compagnie avec ses 3 officiers, 6 sous-officiers
et 8 caporaux est très solidement encadrée ; elle a un gradé pour 6 hommes.

Citation :
Les feux réglementaires de l'ordonnance sont : les feux de peloton, de ½ bataillon,
de bataillon et le feu de deux rangs. Les trois premiers s'exécutent à commandement,
feux de sabre. Mais il est entendu que dans l'armée française on n'exécute jamais à la
guerre de deux à commandement. Les feux pratiqués dit-on par les étrangers exigent
un degré d'automatisme auquel nos troupes n'ont jamais pu parvenir.
Le feu de deux rangs est un feu à volonté ; il commence et cesse au roulement de
tambour. Il est exécuté par les deux premiers rangs seulement, les hommes du 3e
rang ne tirent pas et se bornent à passer leur arme chargée à ceux du second rang.
C'est le seul feu de ligne usité à la guerre et encore ne l'exécute-t-on pas
conformément à l'ordonnance. Le premier rang tire debout ; les hommes du second
rang font de même, mais en raison de leur plus petite taille, ils éprouvent des
difficultés qu'ils cherchent à vaincre en se ménageant un créneau entre les hommes
du premier rang, sinon ils tirent en l'air. Que font pendant ce temps les hommes du 3
e rang ? Vont-ils passer leur arme aux hommes du 2 e rang alors qu'ils reçoivent des
coups ? L'expérience prouve, que, dans l'ardeur du combat, les hommes sont
incapables de s'astreindre à la complication des mouvements exigés. Sollicités par
l'impérieux besoin de rendre coup pour coup, ils font feu comme les autres, mais par
crainte d'atteindre leurs chefs de file, ils tirent en l'air et ne font que du bruit pour
s'étourdir de sorte qu'il n'y a guère que le feu des hommes du premier rang sur lequel
on puisse compter.

Page 17

Citation :
La portée du but en blanc étant de 60 toises, pour atteindre
la bande centrale à la distance de 50 toises on visait quatre à cinq
pieds au dessus.
Les règles de tir étaient celles-ci :
− Jusqu'à 200 mètres, viser par la génératrice supérieure du canon.
− A 400 mètres se servir du pouce, la première phalange rabattue.
On conçoit que dans ces Conditions, on n'ait pas essayé d'obtenir un précision que
l'arme était incapable de donner.
On cherchait vainement l'influence des prescriptions réglementaires en ce qui
concerne le tir de l'infanterie pendant les guerres de la République et de l'Empire.
L'opinion publique dans l'armée était que le peu de précision de l'arme et la fumée
abondant qui environnait les tireurs après les premières décharges, devaient faire
reléguer au second plan la précision du tir. On ne comptait en réalité que sur les
effets du tir horizontal.

Le sujet a l'air maîtrisé, et c'est exactement que je cherchais pour simuler la victoire de Davout en 1806.
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Denis

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Mar 12 Fév à 22:31

Ce post me rappelle un échange sur les forums du je d'histoire Wink
Je t'imagine déjà en train de procéder à de savants calculs Rolling Eyes
Je t'invite à aller faire un tour sur le site cité en référence (je suis même prêt à cofinancer l'acquisition de l'étude) reflexion
http://planete-napoleon.com/forum/viewtopic.php?f=4&t=871
Sinon, je t'invite à lire L3C (copie au club) pour y trouver les réponses Twisted Evil
A vendredi
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Mer 13 Fév à 2:07

Je crois que j'avais déjà lu une partie de l'étude.
Very Happy

L'acquérir, pourquoi pas, à voir ?

Citation :
Je t'imagine déjà en train de procéder à de savants calculs

Non, ça confirme ce que je savais... Very Happy
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Captain Blind
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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Mer 13 Fév à 13:42

bonjour

oui ce sont les données dont je me suis servi pour faire ma règle grand tactique 1er empire

Le tir au fusil n'était pas à la mode

a+
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Sam 28 Sep à 17:38

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Captain Blind
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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Sam 28 Sep à 18:23

Intéressant surtout le dernier lien

a+
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Mer 13 Juil à 11:53

Un petit rapport en 1/72

http://clubleshakko.forumactif.org/t274-vamos-a-la-playa-scenario-des-aigles-en-espagne#2373

Comme quoi ça peut être sympa comme échelle avec un peu d'huile de coude.
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Ven 18 Aoû à 20:34

Ratio des pertes à l'époque de la poudre noire :


Pris ici :  http://www.napolun.com/mirror/napoleonistyka.atspace.com/infantry_tactics_2.htm

C'est un ordre d'idée, mais les baïonnettes ne font pas vraiment de dégâts comparativement aux balles des mousquets. Napoleon chasseur

Sur le même lien, les entraînements au feu par nations :





Les populations par empire :



http://www.napolun.com/mirror/napoleonistyka.atspace.com/Prussian_army.htm
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Denis

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Sam 19 Aoû à 19:51

Données intéressantes 🤔
Cependant la baillonnette à un impact moral significatif, tant pour celui qui la porte que pou celui qui la voit.
Souvarov ne disait-il pas qu'elle était la meilleure amie du soldat ?

Tu penses stp à tes exemples sur les feux de mousquetons 🙄?
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Sam 19 Aoû à 20:47

Oui je fais ça, il faut que je retrouve les articles en question et que je scanne tout ça.  Very Happy
Il faut aussi que je retrouve un lien sur le net à propos de la cavalerie qui parle du débat sur le feu de cavalerie pour recevoir une charge. Certains sont contre, d'autres pour. charger

Pour la baïonnette, les assauts font fuir, les tirs détruisent.
Potentiellement je pense que les combats à la baïonnettes peuvent être très meurtriers.
Du coup ils font peur, et ne sont pas fréquents.
On peut prendre l'exemple de M&T, ou finalement si le terrain est dégagé, il n'y a pas beaucoup de pertes au corps à corps, même si les règles de corps à corps sont meurtrières.
Avec l'expérience, on évite le corps à corps quand on n'est pas certain de l'emporter.

Au fait, j'aime bien ce débat :

http://www.jeudhistoire.fr/forum/viewtopic.php?f=49&t=7923

Il y a des contre exemples partout. bounce
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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Sam 19 Aoû à 22:12

Le débat sur le feu des cavaliers à l'époque avec un google book.

P216

https://books.google.fr/books?id=mxwPAAAAQAAJ&pg=PA215&lpg=PA215&dq=faire+feu++cheval+mouvement++mousqueton&source=bl&ots=cqiFXUmdEA&sig=cKzq7qjs4TPQW798fsxYGVLidA8&hl=fr&ei=z_D7TfToAsGn8QOq-7yqCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CBoQ6AEwAA#v=onepage&q=faire feu cheval mouvement mousqueton&f=false

Je ne sais pas pourquoi, mais le lien fonctionne mal, mais tu peux le retrouver en allant à la page 216, et en remontant p215.
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Dim 20 Aoû à 16:08

Gloire & Empire n°13
Bataille  de Friedland p63

Citation :
Grouchy reçut bientôt en renfort deux brigades de cavalerie légère : celle de Beaumont (2ème hussards, 4ème et 5ème chasseurs à cheval) et celle de Colbert (3ème hussards, 10ème et 15ème chasseurs à cheval), en tout quelque 2500 hommes. Les chasseurs et les hussard tirèrent une salve avec leurs carabines à 30 pas de distance, puis mirent leurs sabres au clair et coururent sur les cosaques, à la tête du 10ème chasseurs à cheval, les chassa jusqu'aux bords de l'Alle.

Bataille de Friedland p65 (illustration) & p76 (texte)

Citation :
La performance des ulhans de la garde russe fut moins heureuse. Les dragons français rangés en colonne serrée, les attendirent sans bouger : lorsque les Russes n'étaient plus qu'à portée de pistolet, ils furent accueillis par une salve qui brisa les rangs des uhlans : les chevaux ralentirent leur allure s'immobilisèrent devant le front des dragons.

https://www.lelivrechezvous.fr/nos-revues/gloire-empire.html?dir=asc&order=name

Désolé pas de scan, ça rogne une partie du texte.
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Jeu 24 Aoû à 14:48

Denis a écrit:
Ce post me rappelle un échange sur les forums du je d'histoire  Wink
Je t'imagine déjà en train de procéder à de savants calculs   Rolling Eyes
Je t'invite à aller faire un tour sur le site cité en référence (je suis même prêt à cofinancer l'acquisition de l'étude) reflexion
http://planete-napoleon.com/forum/viewtopic.php?f=4&t=871
Sinon, je t'invite à lire L3C (copie au club) pour y trouver les réponses  Twisted Evil
A vendredi

Du coup j'ai fais l'achat de l'ouvrage d'Eric Dauriac.
Je le lis et on en cause autour d'une bière dès que possible. study drunken
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Mer 25 Avr à 11:32

Un petit livre à consulter sur gallica :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k864841/f13.image
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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Mer 25 Avr à 23:59

Ça y est, tu as enfin découvert Ardant du picq 🍾🎉🎉🎉☀️👏👌🏻👍🏻La BASE ! Formidable.
À lire, relire et étudier !
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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Ven 27 Avr à 16:43

Oui, c'est bien, et ça croise pas mal d'informations.
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Sam 18 Aoû à 16:01

J'ai acheté cette revue.

https://guerreshistoire.science-et-vie.com/votre-magazine/hors-serie-n4-les-45-batailles-de-napoleon-1647

Un bon condensé de l'épopée napoléonienne.
Impeccable pour faire des scénarios. Napoleon
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Korre

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MessageSujet: Re: Guerre Napoléonienne   Mar 18 Sep à 19:26

Texte pris ici :

https://micheldamiens.wordpress.com/article/l-infanterie-britannique-a-waterloo-3cgja7u7z8vuo-24/

Citation :
Tactiques

Ces réformes, pour timides qu’elles puissent encore paraître, s’accompagnèrent de discussions plus théoriques sur les techniques de combat. Les Britanniques avaient en effet eu l’occasion de faire quelques observations au cours des dernières années du XVIIIe siècle et entreprirent d’en faire leur profit.

Tout au long du siècle, en effet, les armées européennes avaient combattu selon le principe de l’ordre linéaire, dit aussi ordre mince. Il s’agissait de déployer un maximum de combattant sur un espace très large mais peu profond. Cette tactique découlait de l’adoption du fusil à silex dont la cadence de tir était triple de celle de l’ancien mousquet. L’ordre mince permettait ainsi de fournir le feu le plus nourri. Cette disposition était donc idéale pour la défense mais comportait de grands inconvénient pour l’attaque : le maintien de grandes unités en ligne pendant qu’elles progressaient était sinon impossible, du moins très difficile à obtenir et nécessitait de la part des combattants une discipline d’acier que seuls des professionnels très aguerris pouvaient atteindre. De telle sorte que la plupart des armées européennes, souvent commandées par des généraux peu compétents, se livraient des batailles très étranges où aucune des deux armées alignées les unes en face des autres ne prenait l’offensive… La première qui se décidait finalement à avancer risquait fort de se voir détruire avant d’avoir atteint l’ennemi. Il ne faut pas voir ailleurs l’explication du très fameux « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! » lancé à Fontenoy, le 10 mai 1745. Le résultat de tout ceci, c’est que les batailles n’étaient jamais décisives et que les conflits étaient interminables. De là vient l’idée – fausse – que ces guerres étaient fort peu meurtrières et l’on en vint à parler de « guerre en dentelles »[9]…

La Révolution vint changer tout cela. Pour des raisons strictement pratiques et, en ordre principal, à cause des faibles qualités tactiques des conscrits, on en vint en France à adopter l’ordre mixte qui mêlait l’ordre linéaire et l’ordre profond . Bonaparte en Italie, jugeant cet ordre mixte encore trop compliqué à mettre en œuvre, en vint à préférer l’ordre profond, dit aussi ordre perpendiculaire  : « Dans l’armée de Bonaparte, derrière un essaim de tirailleurs qui se porteront en avant et trouveront d’abondantes cibles parmi les formations compactes de l’ennemi, resté fidèle à la tactique linéaire, progresseront les bataillons de choc échelonnés en profondeur, mais en un dispositif souple et non serré.[10] »

A cela, il faut ajouter que depuis la grande réforme de 1764, l’armée française est répartie en divisions. Cette nouvelle grande unité tactique comporte les trois armes et les services. « L’armée, ainsi articulée, permet des combinaisons multiples et flexibles. La Division d’infanterie française de 1809, forte de 7 à 8.000 hommes, comprend une unité de reconnaissance à cheval, deux à trois régiments d’infanterie à deux bataillons, 12 à 16 pièces d’artillerie, du génie, des services.[11] » Napoléon appliqua l’ordre profond, non seulement au bataillon, mais aussi à la division.

Ce sont ces diverses réformes et leurs conséquences tactiques que se mirent à étudier soigneusement quelques officiers britanniques dont le général Sir John Moore. Cet Ecossais, quatre fois blessé au feu et qui périra lors de la difficile retraite sur La Corogne, était adoré par ses soldats. Il avait exercé plusieurs commandements lors de la guerre d’Indépendance américaine et en avait ramené une riche expérience. Il avait été particulièrement frappé par l’extrême mobilité des Américains sur le terrain. Washington, pourtant général de la vieille école, avait assez rapidement compris que, dans un conflit tel que celui-là, les lourdes formations traditionnelles, empêtrées dans les complications de l’ordre linéaire, avait toujours le dessous face à la mobilité des partisans qui menaient la guerre « instinctivement » par de petites formations très souples s’adaptant au terrain, reprenant ainsi une technique de combat chère aux Indiens. Sir John Moore vit immédiatement l’avantage qu’il y aurait à utiliser une telle tactique sur le continent européen. Dès 1803, au camp de Shorncliffe, près de Folkestone, il forma certains régiments à la technique de tirailleurs en mouvement. « Ce seront les hommes de la Light Division, qui, dans la péninsule, formeront l’écran de l’armée, scruteront le terrain et l’horizon, harcèleront l’ennemi de toute part. Leurs descendants sont aujourd’hui les Ier et IIe bataillons du Oxfordshire Light Infantry et la glorieuse Rifle Brigade.[12] » L’entraînement préconisé par Sir John pour ces tirailleurs avait essentiellement pour but de développer chez ce combattant l’initiative personnelle combinée à un très fort esprit d’équipe.

Mais les observations de Sir John Moore ne s’arrêtaient pas là. Puisque les Français montraient constamment de l’agressivité sur le champ de bataille et qu’ils traduisaient cette agressivité par des attaques en ordre perpendiculaire, par colonnes de bataillon, et dans chacun de ces bataillons par colonnes de compagnie, protégés par de nombreux tirailleurs, il fallait trouver la parade la plus efficace. Sir John Moore devait être de ces généraux qui pensent que c’est dans les vieilles casseroles que l’on fait les meilleures soupes… Il proposait donc d’en rester à la formation linéaire, si favorable à la défensive, mais en y adaptant quelques modifications notables. L’idée de Sir John peut se résumer en peu de mots : si les Français avancent précédés de leurs tirailleurs, la chaîne des nôtres les prendront pour cible et s’en occuperont activement. Lorsque les colonnes ennemies aborderont la zone dangereuse, nos tirailleurs se retireront et nos bataillons déployés ouvriront un feu d’enfer qui bloquera la progression ennemie. Tout ceci est basé sur un calcul fort simple. Que le lecteur soit particulièrement attentif ici : malgré l’incroyable confusion que les auteurs ont bien voulu créer à ce propos, il comprendra exactement ce qui s’est passé lorsque le 1er corps de Drouet d’Erlon est monté à l’assaut de la ligne anglo-alliée le 18 juin 1815, vers 14.00 hrs.

Si un bataillon français avance en colonne par divisions – la division étant, dans ce cas, égale à deux compagnies – et que ce bataillon compte 1 000 hommes[13], il offre un front de 166 hommes. En face, un bataillon britannique, en ligne sur deux rangs, offre un front de 500 hommes. Si les deux compagnies en tête de colonne du bataillon français arrivent à bousculer la fine ligne anglaise, la profondeur – soit, deux par deux, les quatre compagnies qui suivent – lui permettra d’exploiter ce succès et la ligne anglaise se désagrégera inévitablement. Il s’agit donc d’empêcher les deux premières compagnies françaises d’aborder la ligne anglaise. Pour ce faire, il n’y a qu’un seul moyen : un feu d’enfer. Or, qu’on le veuille ou non, 1 000 hommes – sur deux rangs – peuvent tirer une salve de 1 000 balles en même temps, alors que du côté français, avec la meilleure volonté du monde, seuls les deux premiers rangs de la colonne peuvent tirer en même temps ; ils livreront donc une salve de 332 coups au maximum. La salve anglaise sera donc trois fois plus efficace que la salve française. A cela, il faut ajouter que la ligne anglaise est à l’arrêt alors que la colonne française progresse. Or il est rigoureusement impossible de recharger un fusil en marchant. Donc, les Anglais pourront recharger au moins trois fois – ils sont sévèrement « drillés » pour le faire – pendant que les Français ne le pourront pas. Les deux compagnies de tête de colonne devraient marquer un temps d’arrêt pour recharger après avoir livré leur première volée. En ce faisant, ils bloqueraient la route aux compagnies qui suivent, d’où une inévitable bousculade. Naturellement, les tacticiens français sont parfaitement conscients de cet état de chose. Que préconisent-ils donc pour éviter cela ? Encore une fois, c’est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît : il suffit que les deux premières compagnies, après avoir ouvert le feu, s’écartent et laisse les deux compagnies qui les suivent ouvrir le feu à leur tour, et ainsi de suite. On peut ainsi espérer qu’après deux ou trois salves, le « trou » sera fait et la ligne anglaise brisée. On pourra alors terminer le travail à la baïonnette. Or cette manœuvre revient à déployer le bataillon en ligne…

Néanmoins, sur le terrain, dans le feu de l’action, cette manœuvre n’est pas très aisée. Il faut en effet tenir compte de la portée effective de l’arme dont sont munis les fantassins. A peu de choses près, les fusils dont sont dotés les deux camps ont des performances identiques et leur portée efficace ne va guère au-delà de 100 mètres. Dès lors, c’est à moins de 100 mètres de la ligne ennemie qu’il faut se déployer… Pour autant que les bataillons envoyés à l’assaut dans ces conditions ne soient pas parfaitement cohérents, il est inévitable que, sous le feu de l’ennemi, ils se désorganisent. Voilà pourquoi Drouet d’Erlon, conscient de cette faiblesse, fit adopter à son corps une formation en ligne par division d’armée[14] : elles se trouveraient donc déjà déployées au moment d’aborder l’endroit critique. Et voilà pourquoi le 1er corps s’est trouvé très rapidement désorganisé le 18 juin 1815. Les auteurs qui ne sont pas deux à dire la même chose à ce propos se sont déchirés en prétendant même pour certains que la formation qu’avait adoptée le 1er corps en ce dimanche était « absurde ». Or, manifestement, à de très rares exceptions près, ils n’y ont rien compris pour la bonne et suffisante raison qu’ils ignorent les éléments les plus simples de la tactique de cette époque. Nous y reviendrons naturellement – avec la délectation que le lecteur devine – lorsqu’il s’agira de traiter cette attaque du 1er corps.


Voici donc les principes que laissera derrière lui Sir John Moore et que le duc de Wellington appliquera avec rigueur en y ajoutant encore deux perfectionnements considérables. Dès la campagne de la Péninsule, il mettra toujours le plus grand soin à choisir son terrain en fonction de deux facteurs : la concentration des feux et la contre-pente. Mont-Saint-Jean offrait au duc le terrain idéal pour appliquer ces théories. Habilement dissimulée derrière les lignes de crête, l’infanterie anglo-alliée formera un vaste arc de cercle permettant de concentrer les feux vers le centre. Lorsque le 18 juin vers 14.00 hrs, Wellington constata que le gros de l’armée française se précipitait tête baissée dans le piège qu’il avait tendu, il dut très certainement se dire que les trois-quarts de l’affaire était gagnée. Le dernier quart tenait aux Prussiens. Restait à tenir… Tout le secret de Waterloo tient là !
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